Série : Le Maroc, civilisation **Le développement équitable est possible – L’urbanisme peut soit le freiner, soit l’accélérer : il faut de la fermeté** Partie 12

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Aziz Rabbah 06.12.2025 

 

Dans l’article précédent (partie 11), nous avons présenté certaines dérives et formes de corruption dans le domaine de l’urbanisme, qui ont coûté à notre pays de lourdes pertes économiques, sociales et sécuritaires. Nous avons aussi souligné que la fermeté dont ont fait preuve certains responsables dans certaines provinces a donné des résultats significatifs.

Cette fermeté traduit l’engagement de ces responsables envers le devoir de leur fonction et la confiance placée en eux. Elle constitue en même temps un témoignage à charge contre d’autres, que la paresse ou la connivence ont poussés à commettre une faute grave envers l’État et la société.

Il est certain que l’urbanisme, avec une bonne gouvernance commençant par une planification rigoureuse et se terminant par un contrôle strict, peut accélérer la dynamique du développement dans toutes ses dimensions, contribuer à bâtir un Maroc en ascension et avancer à un rythme homogène.

Je présente ici quelques clés de développement que permet l’urbanisme, aussi bien dans les villes que dans les villages, à partir de l’étude, de l’expérience et du suivi.


1. Le plan d’aménagement

Le plan d’aménagement doit être élaboré sur la base d’objectifs contraignants pour tous les intervenants. Ces objectifs doivent inclure : la lutte contre la pauvreté, la création de richesse, la fluidité du transport, la dynamisation économique, la facilitation des services, l’équilibre environnemental, l’intégration sociale, la réhabilitation urbaine, ainsi que l’animation culturelle et sportive…

Les spécialistes comprennent parfaitement l’importance de ces objectifs pour créer un cadre de vie sain, améliorer les conditions des citoyens, augmenter la productivité, créer des emplois, renforcer l’attractivité du territoire et corriger de nombreuses irrégularités accumulées.

Cela permet de dépasser la logique dominante dans la préparation des plans, centrée principalement sur le zonage résidentiel et quelques équipements nécessaires.

C’est pourquoi il faut accompagner tout projet de plan d’aménagement, avant son approbation, d’une annexe comprenant des indicateurs qualitatifs et quantitatifs pour chaque objectif, assortis de données précises sur les moyens de leur réalisation.


2. Le plan d’aménagement sectoriel

Lorsque la législation en matière d’urbanisme a permis la mise en place de plans sectoriels, elle a ouvert la voie à une grande marge d’innovation pour répondre aux transformations et aux nouveaux besoins auxquels le plan général ne peut répondre. On peut ainsi sélectionner certaines zones du périmètre urbain et leur appliquer des plans spécifiques.

Transformer une zone industrielle ou agricole abandonnée ou dépassée en un espace résidentiel, commercial et de services doté de fortes qualités d’attractivité augmente la valeur foncière, crée de nombreux emplois, renforce les revenus des villes, offre des logements à de nouvelles catégories montantes et élimine des déformations et phénomènes négatifs qui altèrent l’esthétique urbaine.

De même, transformer un quartier ancien, surpeuplé, pauvre en équipements, difficile d’accès et souvent propice à la criminalité, à la délinquance ou à la précarité, en un quartier de standing moyen, composé d’immeubles de moyenne hauteur et de services commerciaux, sociaux et professionnels, contribue à l’enrichissement des familles grâce à la hausse de la valeur de leurs logements, améliore les conditions de vie et disperse les concentrations porteuses de problèmes sociaux.


3. Des quartiers administratifs intégrés

Les villes abritent de nombreux sièges de ministères, établissements publics, banques, assurances, entreprises et dépôts centraux, regroupant des milliers de fonctionnaires et recevant un nombre encore plus important de citoyens.

La création de quartiers administratifs en périphérie urbaine permettrait d’atteindre quatre objectifs :

  1. Améliorer l’accueil et les services aux citoyens, grâce à des bâtiments modernes, mieux équipés, à la proximité entre administrations et à la disponibilité de parkings.

  2. Alléger la congestion urbaine, notamment aux heures d’entrée et de sortie du travail, en redirigeant des milliers de véhicules vers le nouveau quartier administratif, accessible depuis plusieurs axes.

  3. Réinvestir les anciens biens immobiliers dans des projets qualitatifs qui embellissent la ville, dynamisent plusieurs secteurs et offrent aux propriétaires un capital réexploitable.

  4. Permettre à l’État de valoriser son patrimoine foncier, soit en l’utilisant pour d’autres projets, soit en l’échangeant contre de nouveaux terrains, soit en l’affectant directement à la construction des nouvelles administrations.


4. Les dérogations à caractère économique et social

Il est possible, par décision motivée et concertée, d’autoriser l’ajout d’un étage dans les anciens quartiers — surtout ceux dotés de ruelles larges — et de transformer le rez-de-chaussée en espaces commerciaux. Cela contribue à augmenter les revenus des familles, à résoudre partiellement la crise du logement au profit de leurs proches, à élargir l’activité professionnelle et commerciale et à intégrer certains métiers informels.

Il est également possible, via des autorisations exceptionnelles dûment justifiées, de créer des zones d’animation économique autour des villes, dans les villages voisins ou dans les centres ruraux, pour accueillir des marchés, zones artisanales, espaces industriels ou complexes récréatifs, sportifs et touristiques.

De même, certaines infrastructures abandonnées ou sous-utilisées, comme certains marchés, peuvent être transformées en complexes intégrés réunissant habitat, professions libérales, commerces et formation professionnelle. Cela dynamise les quartiers concernés, crée des emplois et améliore la qualité de vie.

Dans un prochain article, je pourrais aborder l’urbanisme rural, qui nécessite un système particulier pour rationaliser l’expansion urbaine, développer les centres ruraux, encadrer le développement économique et social et valoriser les richesses naturelles.


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