**Série : Maroc de la Civilisation — Un développement équitable est possible L’urbanisme peut le freiner ou l’accélérer : la fermeté est nécessaire: Partie 11**

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Aziz Rabbah –26 novembre 2025

 

Depuis des décennies, nous observons les efforts considérables et épuisants déployés par l’État pour remédier aux séquelles de la corruption dans le secteur de l’habitat et de l’urbanisme, ainsi qu’à ce que l’on a appelé « l’habitat insalubre ». Ce phénomène a coûté des dizaines de milliards de dirhams, englouti des milliers d’hectares, gaspillé un temps et une énergie précieux, et compromis des opportunités de développement dans toutes ses dimensions, tout en portant atteinte à la dignité humaine.

Nombreuses sont les villes qui témoignent de cette réalité. Des zones de baraques et des quartiers d’habitat informel ont surgi sur des terres domaniales, collectives et même privées, tant au cœur des villes qu’à leurs périphéries, et parfois même sur les côtes du Royaume.

À cela s’ajoute la prolifération de groupements d’habitat et de maisons isolées — qu’elles soient luxueuses ou modestes — dans les villages attenants aux villes.

Tout cela s’est produit sur les terrains les mieux situés et dotés des atouts naturels les plus précieux, sous les yeux de certains responsables de l’autorité locale, des collectivités et du secteur de l’habitat et de l’urbanisme. Je dis bien « certains », par souci d’équité, car d’autres — parmi les walis, gouverneurs et cadres divers — ont fait preuve d’une fermeté exemplaire face à ce phénomène de dégradation, dont les conséquences sur le développement urbanistique, économique et social, sur la sécurité des citoyens et sur l’esthétique des villes sont, malheureusement, lourdes et durables.

Et même lorsque la décision fut prise de lutter contre l’habitat insalubre au moyen de programmes de relogement ou de restructuration, le résultat — pour une partie importante de ces projets — n’a donné lieu qu’à des ensembles résidentiels dépourvus de plusieurs conditions d’un cadre de vie digne : sécurité insuffisante, manque d’activités culturelles, sociales et économiques.

Le constat est similaire pour certains projets de logement social, dans lesquels l’État a accordé des soutiens massifs — en milliards de dirhams — et mis à disposition des milliers d’hectares à des prix symboliques, assortis d’autorisations dérogatoires. Au lieu d’honorer cet appui national et les profits considérables générés par la production d’un habitat de qualité servant le citoyen et contribuant au développement, certaines entreprises ont livré des lotissements et des logements aux conceptions archaïques, à la qualité médiocre tant dans le bâti que dans les infrastructures et les équipements.

Cela a nécessité l’intervention de la Initiative Nationale pour le Développement Humain, qui a dû consacrer une part importante de ses moyens pour combler le déficit, raviver le tissu culturel, social et même économique dans les trois types de zones mentionnées : relogement, restructuration, logement social.

Il en a été de même pour les programmes de mise à niveau urbaine, dont les budgets se sont élevés à des dizaines de milliards de dirhams, investis essentiellement dans les routes, espaces publics, réseaux d’eau, d’électricité, d’assainissement, ainsi que dans divers équipements et marchés.

Enfin, il faut mentionner l’effort sécuritaire accru — en infrastructures, matériels, ressources humaines, opérations et interventions — pour lutter contre la criminalité et les activités illicites.

Certains se sont peut-être enrichis au détriment de la nation et des citoyens, et nous pourrions être surpris par l’ampleur de cet enrichissement si une véritable reddition des comptes venait à s’appliquer à tous les acteurs concernés, à différents niveaux. Nous serions tout aussi surpris par l’énorme effort national consenti pour réparer les conséquences de cette corruption dans l’habitat et l’urbanisme, qui s’est amplifiée depuis plus d’un demi-siècle en raison de complicités ou d’absence de fermeté.


Quatre enseignements peuvent être tirés :

  1. Ce phénomène a coûté extrêmement cher à l’État, à la nation et aux citoyens, engendrant des effets négatifs durables.

  2. Il a entravé le processus de développement, qui avait grand besoin de ces ressources colossales : finances, foncier, compétences techniques, moyens administratifs et sécuritaires.

  3. La fermeté démontrée par certains responsables constitue la preuve que d’autres ont fait défaut par laxisme, complaisance ou complicité.

  4. Certains droits-de-l’hommistes, acteurs politiques, associatifs, s’oulalients et fonctionnaires ayant encouragé l’habitat informel ont commis une faute grave envers la nation, les citoyens… et envers eux-mêmes.


Dans le prochain article, j’aborderai le rôle de l’urbanisme dans l’accélération du développement.


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