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Série : Le Maroc, civilisation – La phase actuelle impose la construction d'un rempart médiatique solide et crédible

Série : Le Maroc, civilisation – La phase actuelle impose la construction d'un rempart médiatique solide et crédible

Aziz Rabbah

Aziz Rabbah

Publié le 31 janvier 2026

Les conflits entre États ne se mènent plus uniquement par les armes et les équipements. Ils se jouent désormais, en grande partie, dans l'espace médiatique et numérique, où se fabriquent les représentations mentales, se construisent les perceptions, se façonnent les récits, et où les esprits sont ciblés avant même les frontières.

Dans cette perspective, la nécessité de bâtir un rempart médiatique sérieux et crédible s'impose avec force, capable de protéger la conscience nationale, de consolider le front intérieur et d'exercer une influence positive à l'extérieur, en cohérence avec la place du Maroc et ses enjeux stratégiques.

Le Royaume est aujourd'hui exposé à une guerre médiatique complexe, qui ne repose pas uniquement sur la confrontation directe, mais sur la désinformation, la fabrication de récits trompeurs, la manipulation de l'attention et la diffusion du doute, dans le but de perturber les consciences et de ternir l'image du pays.

Il s'agit d'une guerre menée par le mot orienté, le symbole destructeur, l'image tronquée, le titre empoisonné et la sélection délibérée des faits hors de leur contexte.

Ces campagnes s'intensifient à mesure que le Royaume accumule des succès diplomatiques ou consolide sa position de partenaire régional et continental fiable. Cela est compréhensible dans un environnement international et régional marqué par une concurrence aiguë, des intérêts croisés, des logiques de polarisation, la fabrication de crises et des tentatives de fragmentation des identités.

Dans ce contexte, la Coupe d'Afrique n'a pas été perçue par certains uniquement comme une compétition sportive, mais comme un nouvel espace de règlements de comptes symboliques, de transmission de messages politiques et médiatiques, et d'exploitation de l'émotion populaire pour diffuser des discours de dénigrement, de doute et d'incitation.

Or, la bataille de l'information et de l'influence n'est pas secondaire. Mais la mener avec médiocrité, futilité ou froideur ne sert pas la nation ; au contraire, cela brouille son image et affaiblit sa crédibilité.

La menace à laquelle les États sont confrontés aujourd'hui n'est pas seulement militaire, sécuritaire ou diplomatique — domaines relevant de la puissance dure (Hard Power), que le Maroc maîtrise grâce à la solidité de ses institutions, à sa vigilance permanente, à l'augmentation des investissements militaires et sécuritaires, et à la stabilité de sa position diplomatique.

La menace la plus dangereuse est d'ordre intellectuel, médiatique et axiologique (Soft Power). Elle s'infiltre dans l'âme, l'esprit et le cœur, dans les émotions, les convictions et les comportements. Elle pénètre aussi bien le front intérieur — opinion publique, jeunesse, famille — que le front extérieur : alliés, entreprises, opinion publique internationale et décideurs mondiaux.

Les médias hostiles au Royaume, toutes catégories confondues, bénéficient de financements colossaux, devenant le refuge privilégié des adversaires et des concurrents après leur échec sur les plans sécuritaire, militaire et diplomatique.

Ainsi, le besoin actuel n'est pas la multiplication des voix, mais la qualité du discours ; non le vacarme, mais la persuasion ; non l'émotion excessive, mais la sagesse ; non la flatterie, mais la foi dans un Maroc en ascension.

Nous avons besoin d'un rempart médiatique, tout comme nous avons besoin d'un rempart sécuritaire : un rempart qui protège les consciences comme on protège les frontières, qui fortifie les esprits comme on défend le territoire, et qui ancre l'appartenance nationale comme s'enracine l'unité.

Dans cette optique, la recherche de journalistes et d'influenceurs doit être qualitative et non quantitative : des personnes sincèrement engagées, fortes intellectuellement, solides dans leur discours et leur impact, et non des producteurs de sensationnalisme, de superficialité ou de discours creux.

Il est nécessaire de créer un institut national dédié à la formation aux métiers des médias et de l'influence stratégique, formant des journalistes, analystes et influenceurs maîtrisant la géopolitique, l'ingénierie des récits, la gestion des crises et la communication numérique professionnelle, dans le cadre d'une vision nationale contraignante pour tous.

Le soutien de l'État aux médias doit également être responsable et conditionné : conditionné par l'adhésion réelle aux constantes identitaires du pays, la défense des causes nationales, la qualité des contenus, et la capacité à faire face aux campagnes hostiles avec intelligence, équilibre et force d'argumentation, au service du rayonnement du Royaume et non de la dégradation involontaire de son image.

Il est urgent d'évaluer et de réformer, avec courage et sans retard, les médias publics et privés, sur la base d'une stratégie médiatique élaborée sous supervision souveraine, d'une nouvelle mise en œuvre institutionnelle et d'un suivi rigoureux et régulier.

Il faut impérativement lier responsabilité et reddition des comptes, résultats et moyens mobilisés, alors que des milliers de journalistes, d'administratifs et de techniciens sont concernés, et que des milliards sont dépensés chaque année en salaires, indemnités, subventions et publicité.

Ne cherchez pas des flatteurs lors de l'attribution des ressources, ni des paresseux lors des batailles. Ceux-là suivent toujours celui qui donne le plus. Cherchez plutôt des patriotes utiles, qui croient sincèrement en la nation, dont les cœurs parlent avant les plumes et les langues, et qui considèrent l'information comme une mission nationale.

En définitive, la construction d'un rempart médiatique n'est ni un luxe intellectuel ni une revendication élitiste, mais une nécessité souveraine imposée par la nature de la phase actuelle et l'intensité des attaques.

Seul un média national sérieux, fidèle à ses constantes, confiant dans sa trajectoire, capable d'allier professionnalisme et sens aigu de l'intérêt national, peut constituer ce rempart protecteur et transformer les médias d'un point de vulnérabilité potentiel en un véritable levier de puissance pour l'État.

Et comme le dit l'adage : La pleureuse endeuillée n'est pas comparable à la pleureuse payée.